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Je suis un con

Interview, reviews de terrains, coup de gueule, preview de matos, compte-rendu de partie, analyse de texte de loi, études techniques… jusqu’à présent, j’ai pratiqué une large palette du genre journalistique pour ce blog. Il en manquait un : le billet d’humeur. Une – stupide – phrase postée en commentaire de mon précédent article m’oblige à me lancer dans ce périlleux exercice.

Périlleux parce que, contrairement aux autres type d’écriture, il oblige à se dévoiler. Si je vous écris qu’un mosfet, ça économise le contacteur de votre réplique, c’est un fait. On peut réaliser des mesures, analyser le comportement de la réplique, compter le nombre de tirs : tout sera démontrable par des chiffres. Par contre, coucher sur son clavier les sentiments douloureux provoqués par un message désobligeant nécessite une subjectivité extrême. Il faut se livrer.

Je reviens de l’OP organisée par l’IF44. La journée fut excellente. J’y ai trouvé tout ce que je cherche dans l’airsoft : de la difficulté, une ambiance décontractée, une franche camaraderie, du sport… enfin, tout ce que les joueurs recherchent. L’organisation était nickel pour une première. Attendez-vous à un compte-rendu très positif.

Puis, avant de savourer de merveilleux sushis, je lis un message à la limite de la correction me signalant que,

« Jouer à tuer, et du coup au con, c est l être ou pas? ».

Le « Ou pas » n’était, bien sûr, que rhétorique. Un peu plus loin dans la discussion, alors qu’un ami tente de comprendre les motivations de cet interlocuteur agressif, nous pouvons lire

« Pour moi ceux en treillis avec réplique exacte d arme de guerre, a mes yeux sont cons, je n ai même pas dit bête, il existe, malheureusement, beaucoup de cons intelligents… »

Tout est dit. Le bon vieux délit de sale gueule. Ce soir, je comprends la révolte du belge « d’origine étrangère » qui subit le Xième contrôle d’identité de la semaine parce qu’il « a une tronche d’arabe ». Ce soir, j’imagine le dépit du réfugié que l’on rejette aux portes de l’Europe parce qu’ « il vient profiter de notre système social ». Ce soir, je ressens l’incompréhension du gay qui se fait tabasser parce qu’il « est un sale PD, donc un violeur d’enfants ».

Je n’ai en rien vécu tout ça. Et de loin.… Mais, je viens de piger la force des préjugés, la puissance des symboles :

« Les premières images de recherche google de airsoft… je ne voudrais pas que mon fils « joue » a ce simulacre macabre de guerre…par contre a des jeux de tactique ou du « paintball » pourquoi pas!? mais désolé lorsqu’on est en treillis avec une réplique de M16 dans les mains je ne trouve pas ce « jeux » très intelligent même si je comprends l expérience de tactique et de jeu mais le style replique à 100% des militaires me dérange oui. ».

Faire du paintball – donc, une simulation de combat avec des lanceurs qui ne ressemblent pas trop à de vraies armes – ça va. Mais, si c’est un tant soit peu ressemblant, c’est un simulacre macabre de guerre. Je cherche encore un fond à l’argumentation. Le but est le même. Les méthodes, moyens, tactiques, sont les mêmes. Nous avons juste, en plus, le plaisir qu’a un gosse de 8 ans à qui on offre une panoplie de Zorro. Parce que c’est ce que nous sommes, fondamentalement : de grands enfants émerveillés par leur « zouli » déguisement.

Ce qui me peine profondément, aussi, c’est le jugement sur base de préjugés. Recouper les informations ? Se faire une idée après une réflexion ? Éviter de juger ce que l’on ne connaît pas ? C’est tellement 20e siècle ! De nos jours, on se forge une opinion grâce à la première image d’une sommaire recherche sur Google. Google est le dépositaire universel du savoir. C’est tellement facile, un moteur de recherche qui te permet de SAVOIR dès la première requête. Google, c’est la nouvelle bible. En bonus, elle est en permanente évolution !

Enfin calmé par ma litanie, je vais terminer ce billet comme une fable : par une morale. Ne jugez jamais quelqu ‘un à l’emporte-pièce, sur un préjugé ou un a priori. Vous seriez l’auteur d’une injustice, causeriez des douleurs inutiles mais, surtout… au final…

Le con, ce sera toujours l’accusateur !

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